Paroles d'experts

Samir et Stéphane

MARION : ON PARLE DE PLUS EN PLUS D’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, MAIS QU’EST-CE QUE CELA VEUT DIRE REELLEMENT ?

Samir : La difficulté pour définir l’IA est liée à la difficulté à définir l’intelligence. Les experts s’accordent pour différencier deux types d’IA : l’IA faible et l’IA forte. Dans le premier cas, il s’agit de systèmes experts qui ne font qu’exécuter des scénarii. L’IA forte est capable de réaliser des arbitrages non scénarisés adossés à un apprentissage de la machine le plus souvent, un apprentissage dit non supervisé. .

MARION : ALORS ÇA VEUT DIRE QUE CETTE DISCIPLINE S’EST DEJA INSTALLEE DANS NOS VIES CAR SIRI, C’EST DEJA UNE FORME D’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE NON ?

Samir : Pour ce qui est de Siri, c’est de l’IA faible- qui tente de donner l’illusion de l’interaction humaine ! Le problème c’est que l’humain transcende l’intelli- gence car on fait appel à d’autres notions, comme les émotions, la subjectivité et surtout la conscience. Le 7 juin 2014, pour la première fois, un programme nommé ‘Eugene’ est parvenu à tromper le test de Turing conçu pour distinguer l’homme de la machine. Bien que les résultatsaient été contestés, cela montre les progrès réalisés en la matière.

MARION : LA PROCHAINE ETAPE SERAIT DONC DE POUSSER L’ANALYSE SEMANTIQUE, DE COMPRENDRE LE SENS ?

Samir : C’est une bonne façon de se représenter la complexité du sujet ! L’interprétation en sémantique se fait à l’aune de la subjectivité, du contexte et de l’humeur… Aujourd’hui à l’instar du cerveau humain qui dispose d’aires cérébrales très spécialisées, les méthodes de deep learning subsume sous une problématique complexe des problématiques simples pour lesquelles on a spécialisé des réseaux de neurones artificiels. Nous obtenons ainsi de meilleurs résultats en analyse sémantique.

MARION : YAN LECUN, L’UN DES PIONNIERS DU « DEEP LEARNING » A DIT : « JE N’AI JAMAIS VU UNE REVOLUTION AUSSI RAPIDE. ON EST PASSE D’UN SYSTEME UN PEU OBSCUR A UN SYSTEME UTILISE PAR DES MILLIONS DE PERSONNES EN SEULEMENT DEUX ANS. » : POURQUOI UN TEL ENGOUEMENT POUR LE DEEP LEARNING ?

Samir : Parce que c’est très efficace. Les réseaux de neurones artificiels avaient moins la cote au début des années 80, car on ne les utilisait pas très bien. Pour reproduire des compétences humaines, on ne peut pas se contenter de recopier qu’une partie de notre fonctionnement. Nos outils sont capables d’imiter nos sens (vision, ouïe, toucher, observation …) et de les mémoriser ; or pour beaucoup, l’expérience sensible est le point de départ ! Bien sûr, c’est insuffisant, il faut pouvoir utiliser toutes ces informations pour s’en faire une représentation du monde. Le deep learning y parvient mieux, car on y déploie une approche qui imite le fruit de plusieurs millions d’années d’évolution et qui par ailleurs est très simple à comprendre

MARION : L’AUTOMATISATION EST UNE VERITABLE QUESTION QUI VA INFLUENCER TOUS LES PROCESS MARKETING : QUEL VA ETRE CONCRETEMENT L’IMPACT SUR NOS METIERS ?

Samir : Il sera colossal, mais pas immédiatement. Il faudra que l’IA se perfectionne et surtout que nous apprenions à lui faire confiance. Toutes les tâches aliénantes pourraient être déléguées dans un premier temps, puis nous nous verrions probablement petit à petit surpassés à tous les niveaux par la puissance de l’AI qui ne connaîtra pas nos limites.

En marketing l’automatisation existe déjà, mais il s’agit d’IA faible. En revanche, le paradigme indique que nous sommes prêts ! Nous commençons déjà à confier des tâches beaucoup plus complexes à des machines comme la conduite, la sécurité ou la logistique, alors pourquoi pas le ciblage marketing et voire un jour la création ?

Dans tous les cas, cela posera de nombreuses questions sociétales !